Le Buzz ou le Blues du Cru Bourgeois ?

Voici quelques jour j’ai exprimé mon avis et mes intentions vis à vis de ce classement trop et mal refondu ces dernières années.
Hier cet article a été repris par le blog du Grand Jury via un site fort intéressant la passion du vin .
Je suis bien évidement ravi de cette vitrine qui m’est offerte, car quand on est un illustre inconnu et que l’on cherche à sortir un peu de cet anonymat,  tout est bon à prendre.

Mais je suis aussi conforté dans ma pensée. En effet les différentes réactions et commentaires sur l’évolution des Crus Bourgeois que j’ai put lire et entendre vont dans le même sens, empreints de doute, ou tout au moins, de profond questionnement.

Je suis aussi profondément attristé par cette fin programmée de cette mention historique que beaucoup ont défendue et promue au travers de leur engagement.

Certains grands noms étaient déjà sortis de ce classement en 2003, et les échos qui se font en ce moment semblent aller dans le même sens que moi. J’entends çà et là dire que tel ou tel exploitation, domaine ou château se retire du classement. Étrangement ou logiquement les noms que j’ai entendus jusqu’à maintenant concernent des vins de qualité plus ou moins connus. A se demander qui restera dans ce pseudo classement ?

Petite explication de texte :

Le marché des vins à Bordeaux est très particulier : 80% de la production passe par le négoce de Bordeaux. Ces grandes maisons de négoce travaillent avec de très gros clients, tel la grande distribution ou d’énormes importateurs, et il faut bien avouer que la toute puissance de la grande distribution lui permet de dicter ses règles à ces négociants, qui répercutent sur le petits producteurs comme moi les contraintes commerciales.

Le négoce achète donc un Médoc, un Grave, un Bordeaux, un Côte  ou que sais-je encore, qui selon la marge qu’il lui permettra de faire, est interchangeable avec n’importe quel autre, pour ensuite le revendre aux supermarchés.

Pour les Crus Bourgeois c’est pareil mais au sein du Médoc. Le négoce achète un Cru Bourgeois, Dupont, Durant, Tartempion ou même Hourbanon. Bref quel que soit son nom, on s’en fout ! C’est un Cru Bourgeois, et au négoce ça se vend 30% plus cher que sans la mention. C’est donc encore une fois de plus le prix de la marque Cru Bourgeois et pas celui de la qualité.

M’est avis que vont rester au sein des Crus Bourgeois seulement les irréductibles convaincus (de moins en moins nombreux) et tous ceux qui ont besoin d’avoir Cru Bourgeois sur leur étiquette pour vendre.

Attention ! N’interprétez pas mes propos en me faisant dire que seuls les mauvais vont rester car c’est faux, même si il semble que les « meilleurs partent les premiers » comme dit l’expression consacrée !

Pour ma part, je ne veux plus dépendre du négoce, des variations de prix, du dictat du productivisme lié ce circuit de distribution inféodé aux supermarchés. Après de nombreuses années d’efforts, j’ai maintenant des clients de tout type, consommateurs, cavistes, détaillants, grossistes, importateurs, qui achètent du Hourbanon parce que ça leur plait et non un quelconque Cru Bourgeois interchangeable.
Car n’oublions pas que nous sommes tous aussi des consommateurs, et que lorsque l’on trouve un produit qui nous convient on y est fidèle. Alors que les intermédiaires du commerce arrêtent de ne chercher que le profit maximum et immédiat sur le dos des producteurs et des consommateurs.

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4 réponses à Le Buzz ou le Blues du Cru Bourgeois ?

  1. Hugues dit :

    Merci Olivier,

    Je constate que ces billets ont eu leur petit effet et que je suis loin d’être le seul à avoir cette opinion.
    Je vous remercie de votre soutien notamment au travers d’Alastyn.

    J’espère que vous aurez la possibilité de passer me voir au salon des Vignerons Indépendants Porte de Versailles pour boire un coup.

    Cordialement

  2. Name : Hugues
    Comment: [from blog ] : Merci Olivier,

    Je constate que ces billets ont eu leur petit effet et que je suis loin d’être le seul à avoir cette opinion.
    Je vous remercie de votre soutien notamment au travers d’Alastyn.

    J’espère que vous aurez la possibilité de passer me voir au salon des Vignerons Indépendants Porte de Versailles pour boire un coup.

    Cordialement

  3. Olivier dit :

    Bonjour Hugues,

    Bravo pour vos deux billets fort instructifs sur les dessous de la commercialisation des vins de Bordeaux (et d’autres régions d’ailleurs), pas assez connus du grand public. D’accord avec vous pour dénoncer la toute puissance de la grande distribution qui, avec l’aide de ses nombreux bras armés, a tué depuis de nombreuses années et dans l’indifférence générale, une multitude de petits producteurs.

    Heureux de constater aussi qu’à votre image, de plus en plus de jeunes agriculteurs ont décidé de se retrousser les manches et de refuser la logique du pot de terre contre le pot de fer. Certes, le choix de diversifier votre clientèle n’est pas sans risque et augmente encore un peu plus vos journées de travail déjà très chargées mais votre succès, ou celui des AMAP et autres organisations défendant les produits de qualité (voir l’excellente http://www.communautedugout.com/ ) est une vraie source d’optimisme pour l’avenir.

    Alors bon courage pour la suite et continuez à nous régaler, même en l’absence du label Cru Bourgeois.

    Olivier

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